LA JUSTE RAISON DES OUVRIERS

Il y a trois raisons qui font de la position des ouvriers la seule possible.

La première prend la logique capitaliste elle-même à témoin. Et, ainsi, voudrait pouvoir prétendre la reproduction des ouvriers comme objectif… naturel ! Comme, au moins, au temps de l’esclavage.

Nous connaissons la capacité de l’ « entreprise (capitaliste ‘moderne’) » à comprimer, petit à petit, mais toujours fortement – domination globale, répression généralisée et crimes aidant – comprimer petit à petit la résistance des ouvriers, des travailleurs et des peuples en général. Au point où l’on arriverait à se demander si l’accommodement humain a des limites, tant la fange, la laideur et l’obscurité, en capes successives, paraissent toujours possibles en lieux humains.

Nous savons la logique où la force de travail de réserve hâle par le bas – au lieu de faire « un seul » avec la classe ouvrière, sa doublure ‘engagée’ – par le bas donc les salaires, les conditions de travail, les relations humaines mais surtout, encore une fois, la résistance ouvrière.

Dans cette situation macabre, le Centre de Solidarité de l’AFLCIO (SC) eut à calculer pour l’année 2011,  le panier familial d’une famille ouvrière. Ses conclusions furent construites à partir d’un calcul préalable de la WRC ; mais aussi à partir de leurs pratiques « d’ouvrier à ouvrier ». Elles sont en annexe. Où nous pourrons prendre connaissance du calcul des 29,971.45 H$ (soient 149,857.25 gourdes), par mois résultants. Environ, donc, 150,000.00 gourdes divisées par 20 (4 semaines à 5 jours de travail chacune, comme prescrit par la loi internationale des 48 heures de repos par semaine). Ce qui équivaudrait à 750.00 gourdes par jour !  D’un autre côté, les calculs d’économistes haïtiens qui se sont donné la peine de considérer ce paramètre vital qu’est la reproduction de la marchandise « force de travail ouvrière » ont, eux, donné, pour 2013, 1,100.00 gourdes par jour, comme nous le rappelions à une de nos récentes publications « Deux conceptions du salaire ».

Que valent alors les 500 gourdes exigées par nos camarades oiuvriers et ouvrières du textile ?

Juste milieu entre les 200 malheureux ‘zòrèy bourik’ atteints – après maintes luttes, dénonciations et refus tant de la part des gérants de l’infâme que de l’État réactionnaire qui les soutient – et les 1,100 gourdes des calculs d’aujourd’hui.

Nous ne saurions, en toute honnêteté, laisser croire que cette somme résulte d’une telle réflexion. Mais nous pouvons, par contre, certainement affirmer que la classe ouvrière a su, profondément, même si encore par trop inconsciemment, comprendre les rapports de force en jeu dans la production dont chaque jour elle palpe le concret. Et, de là, l’objectif possible.

Lutter donc pour une somme qui en rien ne s’approche de celle nécessaire à sa reproduction (500 gourdes vs. 1,100 !) résulte d’un ‘calcul’ lui-aussi plus global : le salaire n’étant pas uniquement ‘comptable’, il inclue, profondément intériorisées, les rapports de force que les ouvriers ressentent, à l’intérieur d’un « champs » dit, aujourd’hui, « démocratique », que la perception concrète de ces « règles », pipées, lui permet pour le moins de sensiblement ‘capter’.

En même temps, cet état de fait favorise en lui-même la dite… compétitivité,  exercice tant et uniquement prônée par nos ‘vaillants’  délégués bourgeois de la sous-traitance. Dans la mesure en effet où la classe ouvrière réduit, d’elle-même, la valeur de sa force de travail en « marché capitaliste », est une preuve de sa RAISON profonde. La seule qui concrètement le fait en réalité pour un « équilibre national », favorisant en soi, comme on peut facilement le comprendre, la… compétitivité tant prônée par nos délégués bourgeois, faisant superbement – et tout aussi sadiquement – fi des énormes contre-parties que devraient, dans cette ‘aventure’, souffrir les ouvriers et ouvrières « en partenariat » ! En effet, nulle part n’a-t-on vu ou entendu une quelconque considération de nos souffrances et sacrifices de siècles endurées et de mer aujourd’hui reproduites. Réduisant les mille cent gourdes en capitalisme pur requis, à la somme des 500 gourdes, cette opération  inclue donc, comme nous le voyons, et implicitement, les fameux « cris » de ces si bien portant gérants sous-traitants.

Mais il y a plus. Les « compensations » qui vont, semble-t-il, accompagner le salaire minimum de misère que ces sanguinaires nous proposent, d’où proviendront-ellesDe l’État ! …voulait nous faire comprendre à force démonstrations à l’une de leurs émissions réservées, M. Réginald Boulos, membre de la « Komisyon peze-souse » ainsi plus correctement renommée. Kidonk : transport, santé, participation au montant repas etc… proviendraient de contributions de l’État. « Question d’équilibre » avançait-il, et, naturellement, de… « compétitivité ».

Kidonk : transport, santé, logement des ouvriers et ouvrières, participation au montant repas etc… proviendraient de contributions de l’État, M. Boulos s’étant même aventuré à dire que, si ces « compensations » s’avéraient effectives, il faudrait œuvrer à ce que le salaire des ouvriers soit rabaissé à… 150, voire 125 gourdes à nouveau !

Mais d’où tirera l’État ces « montants disponibles » ? D’où proviendront les fonds du dit « État » au transport, au logement gratuit, à la scolarisation possible, aux indemnités de vieillesse ? Sinon, de vous et moi ? Vous et nous, « contribuables » devant l’Éternel. Mais, avant tout, du Peuple haïtien, comme nous le savons tous, qui est le principal pourvoyeur, directement ou indirectement de ces taxes à bourgeois, impérialistes, grandons et ‘grands mangeurs’ destinés. De nous autres masses populaires donc. Encore et toujours !

La « population » (diaspora incluse, qui, forcée, paie aujourd’hui à prix fort tout envoi, tout appel téléphonique…) la population et les masses populaires en avant plan, paieraient donc les compensations aux ouvriers… en lieu et place de cette petite et mince huitaine de famille de la sous-traitance (une trentaine de personnes au plus) sur plus de QUINZE MILLIONS de descendants de Dessalines, de par le monde et sur les mers répartie, dont la législation marteliste-duvaliériste-impérialiste officielle exigerait aujourd’hui les frais.

Population haïtienne, nous retrouvons-nous donc au ‘kalfou’ de soutenir, de promouvoir presque, de lécher le cul à ces gérants sous-traiteurs… pour un avenir national. Nous serions tombés bien bas.

D’un simple et direct instinct de révolte dont les ouvriers et ouvrières de la sous-traitance ont bravement fait preuve en ces derniers jours, nous voici travailleurs, peuple, progressistes, population saine de ce pays si glorieux, devant l’incongruïté d’écouter ces bourgeois de la sous-traitance et leurs représentants à la tête de l’État ; comme, en ricanant, ont cherché à nous assommer Michel Martelly, Jean-Claude Duvalier, Prosper Avril et consorts à ce carnaval macabre du Premier Janvier 2014, à la ville même des Gonaïves !

Salaire minimum de survie minimum, incluant même la ‘compétitivité’ de ces makout en territoire international miné, compensations que nous aurons nous-autres encore à payer… voici donc les trois paramètres qui donnent à la mobilisation des ouvriers et ouvrières toute leur RAISON. Profonde, longue et lourde.

En fait, tout le sens vrai d’une Nation qui se cherche.

Qui s’en rendra compte ? Qui saura capter l’essence de cette convocation ? Et saura accompagner ces moteurs du moment historique que nous traversons ?

 
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